Maintenant, je peux enfin le dire: j’ai toujours détesté les femmes enceintes! Mouais. Les femmes enceintes, je kiffe pas… N’est-ce donc pas amusant de se retrouver dans ce rôle honni de la future mère au ventre proéminent! Ironie de notre sort biologique ; il paraît qu’il faut passer par là pour avoir des enfants… Saperlipopette.
C’est vrai, il y a toujours des petits veinardes qui portent leur future maternité victorieuse comme un étendard, gracieuses et élancées. Même à leur troisième trimestre, leur ventre leur va bien. Elles sont à l’aise, se sentent bien dans leur peau et affichent un sourire béat limite irritant. D’autres engraissent, se renfrognent et parfois se couvrent de boutons. Elles peinent, s’essoufflent et transpirent, grincheuses, en pleine expansion latérale. Naturellement, j’ai tout de suite compris que je ferais partie de la deuxième catégorie… sauf les boutons. Ouf.

Au niveau social, expérience faite, c’est vraiment pénible. Dans la rue, les gens, surtout les hommes, matent mon ventre avec curiosité et insistance. J’ai horreur de ça. Ca renforce le sentiment de difformité. De l’autre côté, il y a le regard des femmes d’un certain âge qui te sourient avec attendrissement d’un air de connivence mielleux à la « moi aussi je suis passée par là ». Sans oublier les commentaires convenus (et puissamment faux-derches) des gens de l’entourage devant ce ventre énorme: « tu es ma-gni-fique! », « c’est tellement joli! »… Ouais, c’est ça, et si c’était un ballon de foot à l’intérieur, tu trouverais aussi ça « joli »?!!! Objectivement, cela n’a rien d’esthétique.
Mais… le pire des automatismes sociaux reste quand même et de loin le sempiternel et étrange « je peux toucher? » Je ne comprendrai jamais cette idée! Qu’espèrent donc les gens en touchant mon ventre? Que le bébé se mette à danser la gigue pour leur faire plaisir (pas de risque – lui non plus il n’aime pas, ça le crispe!), que le ventre se mette à parler du genre « je te bénis mon fils » ou que ça leur porte chance pour l’Euro Millions de vendredi?!! C’est ridicule! Nan, personne ne touche! C’est mon ventre, bordel… Le pire, c’est qu’il y en a qui ne demandent pas la permission! Dans une fête villageoise, une inconnue fin bourrée a littéralement lancé sa main sur mon ventre comme s’il lui appartenait. Si elle n’avait pas été complètement pétée, je pense que le geste du lancer de main lui aurait été instantanément rendu avec une puissance bien supérieure…
En bonus, indépendamment de cette hantise du touchage de ventre compulsif, je suis devenue particulièrement intolérante… Je veux dire encore pire qu’avant. Dans le sens où mon seuil de tolérance, déjà bas, est tombé à zéro! Ce n’est pas seulement dû à mon état, mais surtout à l’histoire de mon état : le sacrifice consenti est très lourd. Je ne supporte pas qu’on m’emmerde, je ne supporte aucune contrariété. Par-dessus tout, ce que je déteste, c’est les klaxons, les aboiements aigus des petits chiens et – hé oui – les cris/hurlements des jeunes enfants ; ça me fout les nerfs, mais d’une force!
D’ailleurs, heureusement, par chance, être enceinte ramollit pas mal de choses mais pas forcément la capacité de riposte. L’autre jour, au centre de la Maladière, alors que j’étais manifestement encombrée de partout, une jeune pouffiasse a refusé, d’un air méprisant, de m’ouvrir la porte latérale de sa pizzeria (le Piazza pour ne pas le nommer) pour me laisser sortir par le côté, ce qui me permettait d’éviter de faire tout le tour du bâtiment avec mes sacs de courses. Une jeune pouffiasse particulièrement désagréable, quoi. Donc, très fâchée, j’ai bel et bien fait le tour du bâtiment en trimballant mes courses. En arrivant devant l’enseigne de la pizzeria, j’ai aperçu un grand cendrier installé devant la porte (preuve que la sortie n’était de loin pas condamnée). Alors, en pleine avenue du 1er mars, j’ai balancé un immense coup de pied dans le cendrier qui s’est renversé et répandu sur le seuil en me disant avec jubilation: y en a une qui aura une sacrée merde à nettoyer!